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À peu près cinq questions à JORDAN HARPER

Jordan Harper est né à Springfield, Missouri. Après avoir été publicitaire puis critique rock et cinéma, il écrit des scénarios, notamment pour les séries TV Mentalist ou Gotham. Ses nouvelles sont repérées par Todd Robinson qui est le premier à les publier, dès 2005, dans sa revue THUGLIT. Publiées chez nous aux éditions Actes Sud, L’Amour Et Autres Blessures nous avait emballés. Alors, en mars dernier, on avait hâte de découvrir son premier roman et on n’a pas été déçu du tout ! C’est enlevé, noir, violent, terriblement efficace et bien mené, contrairement à ses personnages qui eux sont souvent malmenés !

On voulait faire plus ample connaissance avec lui, alors on a demandé à Monsieur Robinson de nous mettre en contact… et voilà !

Il nous parle des thèmes qui l’ont inspiré pour La Place Du Mort, de la violence aux États-Unis et nous livre en exclu le titre de son prochain roman.

 

From Richmond To Tacoma : Jordan, parle-nous de la genèse de La Place Du Mort… Tu écris également des nouvelles, est-ce que ce roman est tiré de l’une d’elles ? Ou peut-être a-t-il été écrit à la même période ? Pour ceux qui les ont lues, il est fait référence à deux d’entre elles dans le roman, ça crée un lien intéressant…

Jordan Harper : La Place Du Mort est essentiellement influencé par un mini-genre d’histoires « l’enfant et le criminel en cavale », qui autant que je sache a été créé avec le manga Lone Wolf And Cub (série en 28 tomes écrite par Kazuo Koike et dessinée par Goseki Kojima publiée dans les années 70). Il y a d’autres exemples du genre comme LéonPaper Moon (La Barbe À Papa en français, film de Peter Bogdanovich sorti en 1973) ou encore Les Sentiers De La Perdition de Sam Mendes (2002). J’adore ces histoires, mais dans la plupart d’entre elles, c’est l’adulte qui est le personnage principal. Je ne voulais pas seulement raconter l’histoire du point de vue de l’enfant, mais également faire de l’enfant le héros.

La plupart de mes histoires se passent dans le même univers, avec des gangs récurrents, alors il y a des références à mes nouvelles dans le roman, mais La Place Du Mort se lit vraiment à part. À chaque fois, je veux que les lecteurs puissent apprécier chacune de mes nouvelles ou chacun de mes romans individuellement, mais le lecteur fidèle trouvera des connections.

FRTT : Le fond du roman est très dur, racisme, drogue, violence, flics pourris… Une violence sociale que l’on retrouvait déjà dans tes nouvelles, mais là, la présence de Polly et de son ours en peluche apporte une gravité et une sensibilité différente…

Jordan : Je crois que l’ours en peluche est l’élément le plus important du roman. Dans quel autre roman noir trouve-t-on un ours en peluche péteur ?! Le personnage de Polly ajoute à la fois de la légèreté et de la gravité au roman. Elle a de l’humour, essentiellement via l’ours, mais les enjeux sont également plus élevés du fait de cette gamine innocente coincée au milieu de tous ces tueurs.

FRTT : À propos de cette violence… On a vu il y a peu Trump à un congrès de la NRA retirer les USA de l’accord de l’ONU visant à moraliser la vente d’armes. Es-tu optimiste pour les élections à venir l’an prochain et pour l’avenir du pays ?
Jordan : En un mot, non. Je ne suis pas optimiste pour l’Amérique. Le nouveau roman que je suis en train d’essayer de terminer, s’appelle Le Dernier Roi De Californie, et bien que ce soit toujours un roman policier, il a une saveur très apocalyptique. Je pense que l’Amérique est bâtie sur des ruines, une nation née avec l’esclavage et le génocide des peuples indigènes, et je ne pense pas que nous ayons assez de volonté pour nous regarder avec l’honnêteté qu’il faudrait pour résoudre ces problèmes. J’aurais aimé pouvoir donner une réponse plus joyeuse.

FRTT : Lorsque nous avions interviewé Todd Robinson, nous lui avions posé une question sur toi… À ton tour, que peux-tu/veux-tu nous dire de lui ?
Jordan : Todd Robinson est l’écrivain le plus drôle qu’il m’ait été donné de connaitre. Aussi bien personnellement que dans ses livres. Et cette façon qu’il a d’utiliser l’humour pour maintenir ses lecteurs à flot dans des eaux si sombres est magistrale !

FRTT : Maintenant, la French Question : quelque chose de français qui t’inspire ou que tu as aimé récemment ?
Jordan : Je suis en ce moment dans une chambre d’hôtel à New-York, je vis à Los Angeles, et j’ai deux romans français à portée de main. Le premier, c’est La Nausée de Jean-Paul Sartre que je lis pour construire le personnage principal de mon prochain roman. Le deuxième, c’est L’Instinct De Mort de Jacques Mesrine qui m’aide à composer le personnage antagoniste. Je viens seulement de les commencer, et je n’ai besoin que de quelques pages à la fois avant d’être inspiré et de mettre tout à plat pour débuter mon propre travail.

FRTT : Et réponses rapides…

  • Un film : Pusher de Nicolas Winding Refn (1996)
  • Une musique : Music Has the Right to Children de Boards of Canada (Warp – 1998)
  • Un plat : Sichuan dandan noodles (plat de pâtes pimenté d’origine chinoise)
  • Une boisson : Soda au gingembre, je ne bois pas d’alcool.
  • Un roman : American Tabloid de James Ellroy (Rivages)
  • Un voyage :  Mon dernier voyage à l’étranger était à Bangkok, qui est peut-être une des villes les plus passionnantes du monde. La nourriture, les foules, les gens.

L’Amour Et Autres Blessures et La Place Du Mort sont tous les deux disponibles en librairie aux éditions Actes Sud impeccablement traduits par Clément Baude.

Un grand merci à Todd Robinson.

©Photos : Brian Hennigan

Propos recueillis par Smith pour From Richmond To Tacoma – 2019

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